The Ascent of Humanity by Charles Eisenstein
The Age of Separation, the Age of Reunion, and the convergence of crises that is birthing the transition
Les années 1960 ont été en quelque sorte le sommet de la civilisation. Nous avions battu la polio, la varicelle et la peste. Le cancer et autres maladies succomberaient certainement en temps voulu. Nous avions battu les Nazis. Les communistes seraient les prochains. Les problèmes sociaux tels la pauvreté, le racisme, l’illettrisme, le crime et la maladie mentale seraient éliminés. Tout laissait présager une croissance et un triomphe illimités : la force atomique, les robots, l’espace, l’intelligence artificielle, peut-être même l’immortalité. Par contre, dans le monde de Patrick Farley, le Futur a pris du retard.
Des doutes à l’effet que la technologie n’était pas le véhicule d’une utopie ont commencé à poindre tôt dans la révolution industrielle, mais ses succès étaient si spectaculaires qu’il fut facile de croire que les problèmes sociaux et environnementaux étaient des obstacles temporaires, des défis logiques que nous ne tarderions pas à dépasser par l’utilisation des mêmes méthodes, attitudes et techniques utilisées pour résoudre les problèmes précédents : encore plus de technologie et de contrôle. Aujourd’hui, les succès sont moins spectaculaires, les crises difficiles à nier, la promesse d’utopie « à portée de main » improbables, tandis que nous continuons à agir comme si toujours plus de contrôle était la réponse.
Par exemple, l’establishment médical a de plus en plus de difficulté à cacher le fait que, sauf pour les urgences, quarante années d’avancements ont eu peu d’impact sur la santé et le taux de mortalité. Examinons l’effet général de leurs succès; la transplantation d’organes était une vraie percée, mais son application est limitée à quelques milliers de personnes annuellement, la grande majorité des nouveaux médicaments ne servent qu’à contrôler les symptômes, souvent avec des effets secondaires importants, la thérapie de remplacement hormonal se révèle être un désastre. C’est le même résultat pour les médicaments servant à réduire le cholestérol, les antidépresseurs et plusieurs remèdes antidouleur. Lorsqu’un nouveau médicament est lancé, vingt pourcent d’amélioration dans un groupe de patients est considéré comme un énorme succès. Malgré des décennies d’investissement astronomique, il semble que l’époque des cures dramatiques soit terminée. Aucune cure n’est apparue pour traiter les principales maladies infantiles telles que la dystrophie musculaire, ou le cancer du sein. Aucune des maladies majeures n’a été exterminée depuis que nous avons vaincu les grands tueurs du dix-neuvième siècle. Les maladies des artères coronariennes ont peut-être perdu un peu de terrain en trente ans. Le cancer se porte très bien merci. L’arthrite est aussi dévastatrice qu’auparavant, les attaques cardiaques aussi fréquentes et la maladie d’Alzheimer est à la hausse. Entre temps plusieurs conditions anciennement peu répandues pour lesquelles la médecine conventionnelle n’offre que des palliatifs, ont atteint un niveau épidémique : le diabète, l’autisme, les allergies, la sclérose en plaque, le lupus, l’obésité, la fatigue chronique, la fibromialgie, la sensitivité aux produits chimiques, la maladie de Crohn, les infections fongiques et plusieurs autres. Non seulement plusieurs maladies anciennement rares ont atteint un niveau épidémique, mais de nouvelles maladies telles le SIDA sont apparues apparemment de nulle part. Finalement, comble de malheur, certaines maladies vaincues par le passé, comme la tuberculose, semblent réapparaître ayant développé une résistance aux antibiotiques. Cet état de choses constitue une énorme crise occultée par la médecine. Malgré les milliards de dollars investis en recherche pharmaceutique, la médecine semble perdre du terrain dans la « bataille contre la maladie ». Typiquement la réponse est encore plus de technologie, un contrôle plus étroit aux niveaux génétique et moléculaire. Une quête continue pour l’ultime « remède ».
De même, les prédictions sur l’espérance de vie n’ont pas étés atteintes. Depuis un demi siècle, les futuristes prédisent une augmentation spectaculaire de la durée de la vie : atteindre l’âge de 120 ans devrait être normal; la thérapie génétique pourrait la prolonger indéfiniment. Par contre, lorsqu’on jette un coup d’œil sur les statistiques, on voit que l’augmentation la plus forte de l’espérance de vie a eu lieu dans la première moitié du 20ème siècle et non depuis 1970. De 1900 à 1950, la durée de vie moyenne a augmenté de 21 ans; depuis elle a augmenté seulement de 9 ans. De plus, une grande partie de cette amélioration est due à la réduction des morts infantiles et aux procédures d’intervention en cas d’urgence, si l’on regarde l’espérance de vie pour une personne de 65 ans, on ne voit qu’une maigre augmentation de 4 ans au cours des 50 dernières années.
L’augmentation de la durée de vie affiche un tableau de rendement à la baisse, similaire à celui de l’utilisation de fertilisants en agriculture. La première utilisation de la technologie (les fertilisants) amène des résultats dramatiques, tandis que les utilisations subséquentes sont de moins en moins efficaces au point où d’énormes quantités sont éventuellement requises pour augmenter très marginalement la production, ou seulement empêcher la perte de productivité. Comme le démontrent les coûts croissants de la santé, nous dépensons des efforts technologiques énormes dans ce domaine, n’obtenant que peu de gain comparativement aux améliorations dramatiques obtenues à peu de frais au début du 20ème siècle. À moins que la direction fondamentale de la technologie médicale ne change, l’espérance de vie va stagner et même probablement commencer à régresser d’ici 10 ans.
La technologie n’a pas davantage tenu sa promesse d’inaugurer une ère de loisirs. Aux États-Unis le temps alloué aux loisirs a semblé s’accroître tout au long du 20ème siècle jusqu’en 1973 lorsqu’il a amorcé un déclin graduel et constant. La plupart des chercheurs s’entendent pour dire que le temps disponible pour les loisirs a continué à décliner au cours des trente dernières années : nous passons plus de temps à travailler, plus de temps à faire la navette pour se rendre au travail, plus de temps à faire des courses, plus de temps à remplir nos obligations. L’ordinateur, louangé comme la dernière clé technologique qui effectuerait les corvées intellectuelles à notre place (ce que les machines avaient supposément fait à l’égard du travail physique), a en fait produit l’effet contraire : plus de temps passé au bureau assis devant un clavier. Il est maintenant évident que l’ordinateur n’a pas réussi à éliminer le travail de bureau, pas plus que l’engin à vapeur n’a éliminé les corvées du travail physique. Malgré la « révolution informatique », peu de gens argumenteraient que le travail de bureau est devenu intellectuellement plus stimulant ou significatif au cours des trente dernières années. La solution? Encore plus de technologie, plus de gadgets pour réduire le travail, plus d’efficacité, une meilleure « gestion du temps ».
La technologie a également échoué à créer un monde d’abondance. Bien que l’approvisionnement en nourriture ait suffisamment crû pour alimenter une population mondiale qui a doublé, la faim et les famines sont courantes et ce pour les mêmes vieilles raisons politiques et environnementales : la guerre, la répression et les sécheresses. En plus, la désertification de larges zones agricoles rend la menace de crises alimentaires plus probable que l’abondance. (Au moment où j’écris ce livre, les réserves mondiales de grain déclinent et la plupart des grands bancs de poisson sont presque épuisés). Les dernières quarante années de développement dans le tiers monde n’ont pas apporté la prospérité promise. Au contraire, l’écart entre les riches et les pauvres s’est accru globalement même dans les pays du tiers monde. Voyagez dans les pays du tiers monde et vous constaterez facilement que la destitution, la maladie et la dislocation causées par notre Révolution Industrielle sont toujours présentes aujourd’hui. Et la justification est aussi la même : ce n’est qu’une phase temporaire avant que vous ne deveniez une nation développée comme nous. Nous l’avons vécu, comme vous; c’est l’ordre naturel des choses. La prescription est donc encore plus du même remède, des avancées en agriculture et un développement économique plus vigoureux. Aujourd’hui, partout sur la planète on met en doute ce dogme, tout simplement parce que le déclin du niveau de vie dans le tiers monde se poursuit sans amélioration depuis trop longtemps. Ça ne devait pas se produire. Dans plusieurs pays latins, la classe moyenne est presque complètement disparue.
En ce qui concerne l’espace, les succès des années 1960 et 1970 n’ont pas mené à sa colonisation, à débarquer sur Mars et aux voyages interstellaires tels que promis pour l’an 2000. Essentiellement, il n’y a eu aucun avancement significatif dans les technologies de propulsion depuis l’avènement de la fusée, apparue il y a 70 ans. Dans ma jeunesse au cours des années 1970, la fièvre de l’espace emplissait l’imaginaire de mes contemporains : nous possédions des jeux, des livres et même je me souviens, des bouteilles de shampoing en forme de fusée. Nous avons aluni; puis, nous avons répété l’exploit. Mais nous n’y sommes plus retournés depuis les années 1970 et il y a peu d’enthousiasme pour ce genre de mission aujourd’hui. On l’a fait mais où cela nous a-t-il menés? Alors que j’écris ce livre, le Président Bush vient de proposer une nouvelle initiative, établir une base lunaire pour une mission habitée sur Mars, et pourtant cela n’a pas éveillé l’ombre de l’excitation qui avait possédé la nation dans mon enfance.
L’âge des loisirs et de l’abondance, la technotopie, est éternellement devant nous. En premier ce fut l’âge du charbon, où nous nous libérerions du travail : à l’ouverture de l’âge d’or du 19ème siècle, les engins à vapeur feraient tout le travail. À la place nous avons eu les « ateliers de misère », les mines de charbon, les fonderies, les forges et moulins diaboliques la semaine de 80 heures, le travail des enfants, les accidents industrielles, des salaires de crève la faim, la richesse fabuleuse au détriment des bidonvilles, une enfance passée dans les mines de charbon, la pollution, des communautés et des vies détruites. Mais inutile de s’en faire; l’âge d’or était à portée de main, grâce à l’électricité ! La chimie ! L’automobile ! L’énergie nucléaire ! La fusée ! Les ordinateurs ! Le génie génétique ! La nanotechnologie ! Malheureusement, aucune de ces technologies n’a vraiment tenu sa promesse. Et maintenant nous sommes au 21ème siècle, supposément l’âge des loisirs, l’âge de l’information, de l’Économie du Savoir. Dans cette dernière phrase, certains préjugés contenus dans le mythe de l’ascension sont mis à jour. Cela implique une progression de l’âge industrielle, perdue dans la matérialité, vers un domaine séparé, exclusivement humain, de connaissance pure. Les préoccupations primaires de la production matérielle devaient être laissées à des pays moins avancés; notre société devait s’être élevée au dessus de ces préoccupations pour composer avec les problèmes intellectuels. Éventuellement, avec le perfectionnement de la robotique, toutes les sociétés devaient nous y rejoindre.
L’aspiration à s’élever au-dessus de la matérialité définit à la fois la religion, l’économie et la technologie moderne, et ce n’est pas par hasard. Les trois jaillissent d’une même source dont je vais discuter tout au long de ce livre. Ils sont des variations du thème de l’ascension; l’ascension de l’humanité. La « Matérialité» après tout, n’est qu’un terme péjoratif pour remplacer le mot nature, et nous identifions l’ascension de l’humanité à une transcendance progressive de la nature. Auparavant esclaves de la nature, nous en sommes maintenant les maîtres. Alors bien sûr il est préférable, plus digne, plus « élevé » d’être dans le royaume de l’intellect que dans celui de la simple production matérielle.
C’est pourquoi les professions telles que « exécutif » et « consultant » comportent un cachet qui échappe à « ingénieur industriel » et « plombier ». Depuis les vingt cinq dernières années ou plus, les jeunes aspirent à ces rôles sans même se soucier du domaine d’application. Ils étudient en administration, en marketing et en finance espérant trouver une position en tant qu’exécutif quelque part, n’importe où, en partie à cause du revenu et du statut que confère ce titre, mais il y a également un principe plus profond à l’œuvre : la séparation de l’esprit et de la matière, de l’intellect et du corps, de l’humain et de la nature, un principe aussi vieux que la civilisation. Depuis la première division sociale du travail, le prestige appartient à ceux qui n’ont pas à se salir les mains – le travail de la terre d’abord, mais éventuellement de tout le monde matériel. C’est pourquoi les pieds des Rois ne devaient pas toucher le sol. Les travailleurs du savoir devaient représenter l’accomplissement, la démocratisation de cette tendance. Tout homme est un Roi.
La faillite de l’ambition consignée dans les mots « économie du savoir » devient apparente. Le travail de bureau n’est pas moins ennuyeux que celui de la chaîne de montage ou de la monoculture – et pour les mêmes raisons systémiques que je décrirai dans le chapitre deux. La majeure partie du travail de l’économie du savoir consiste à entrer des données dans un ordinateur. En plus, la récente migration des emplois du savoir tels que l’ingénierie et la programmation, vers les nouvelles puissances industrielles comme l’Inde et la Chine, démontre que les domaines de l’intellect et de la matière ne sont pas aussi distincts que nous aimerions le croire.
La promesse d’une utopie imminente justifiant chaque sacrifice, est un lieu commun à toutes les applications du Programme Technologique. Nous l’avons vécue à l’ère du charbon et nous le voyons avec la révolution informatique d’aujourd’hui : nous devons entreprendre ce vaste projet de numériser toute l’’information; puis l’ordinateur gérera tout de manière beaucoup plus efficace. Nous le voyons dans le tiers monde avec les programmes d’austérité du FMI qui exigent des sacrifices aujourd’hui afin d’apporter la prospérité demain. Les politiques du FMI sont souvent critiquées comme étant des instruments de la mondialisation qui profitent aux riches, mais leur nécessité systémique provient d’une cause beaucoup plus profonde. Le sacrifice est un aspect inhérent à tout système capitaliste fondé sur les intérêts : faites des sacrifices maintenant afin d’amasser l’argent pour payer l’intérêt de l’argent. Plus fondamentalement, c’est ce qui définit la mentalité agraire, nous devons semer aujourd’hui pour récolter demain. La même mentalité affecte la religion qui nous demande de renoncer au plaisir terrestre pour le bénéfice d’un hypothétique Paradis futur. Le problème avec cette mentalité est, qu’il s’agisse du tiers monde ou de la fastidieuse entrée de données, le sacrifice semble perpétuel. Le Paradis n’arrive jamais.
C’est une idéologie qui infecte pratiquement tous les aspects de nos vies. Mais que sacrifions-nous? Quel est le dénominateur commun? Essentiellement c’est le sacrifice du présent pour l’avenir. Épargnez aujourd’hui afin d’en avoir suffisamment pour demain. Le travail avant le jeu. Pas de joie sans peine. Contrôlez-vous. Tant aux niveaux de l’alimentation que de l’éducation ou du développement personnel, nous rencontrons la même triste prescription. Pourquoi pour autant de gens l’atteinte de la forme physique, de l’indépendance financière, ou la libération d’une dépendance, demeurent-ils des objectifs éternellement inatteignables tout comme l’utopie technologique ? Combien de temps maintenez-vous vos résolutions du nouvel an? Eh bien, multipliez vos efforts ! À l’instar de l’homme qui, ayant décidé de marcher jusqu’à l’horizon et n’y parvenant pas, conclut qu’il devrait plutôt courir, ce livre révélera l’origine et l’évolution du régime de sacrifice perpétuel que nous endurons dans notre tentative de construire une tour qui atteindra le ciel.
Parce que l’aspect fascinant de la technologie n’a pas réussi à nous propulser dans le paradis futuriste prévu dans les années 1960, il est devenu plus difficile d’ignorer son côté sombre. Depuis des siècles il y a une abondance de preuves démontrant que la technologie n’est pas un bien inutile, mais avec le vingtième siècle, l’idée de progrès a envahi notre mentalité à l’exception de quelques rares penseurs indépendants. Les conditions horribles de la révolution industrielle pouvaient être excusées comme étant un sacrifice temporaire sur le chemin vers l’utopie. Seuls quelques visionnaires romantiques ont su résister à cette idéologie, des gens comme William Blake, Wordsworth, Lord Byron, Henry David Thoreau et Mary Shelley qui ont vu dans la ruine d’une société industrielle de masse non pas une phase temporaire ou un défi technologique à relever, mais son caractère fondamental.
Tout ceci a commencé à changer en 1914, lorsque le monde a vu le résultat de l’industrialisation appliquée à la guerre : le carnage des champs de batailles à l’échelle industrielle, une génération entière de jeunes gens décimée, une reprise des hostilités trente ans plus tard impliquant des populations civiles entières dans une guerre totale, culminant sur l’utilisation du plus grand triomphe scientifique du vingtième siècle : la bombe atomique. En même temps, les principes organisateurs de la révolution industrielle, fondés sur les mêmes outils scientifiques d’analyse et de contrôle, de raison, de logique et d’efficacité, furent appliqués à l’extermination de masse d’innocentes victimes sous Hitler, Staline et leurs imitateurs.
Ironiquement, ce furent exactement ces mêmes principes de logique, de raison et d’efficacité qui étaient supposés élever l’humanité à un état plus noble, comme l’application technologique de la physique et de la chimie – utilisées durant les guerres mondiales – devaient élever l’humanité à un niveau supérieur de confort matériel, de santé et de sécurité. L’ironie de la situation n’a pas échappé aux artistes, écrivains et autres âmes sensibles, qui sont encore aux prises avec un sentiment de trahison et de désespoir.
Depuis Platon les philosophes de l’utopie ont pensé que la raison, la planification et la méthode susciterait le même progrès dans le domaine social que la technologie a engendré dans le monde physique. La planification sociale maîtriserait le côté sauvage de la nature humaine, tout comme la technologie a conquis le côté sauvage de la nature physique. L’échec de ces deux idéologies est perçu comme preuve que nous devons imposer leurs principes avec encore plus de rigueur. Les ambitions de la nanotechnologie, pousser le contrôle du monde physique à un niveau de précision microscopique, sont similaires à celles des technologies sociales de l’éducation et des lois qui tendent toujours à réglementer plus finement les comportements humains.
Derrière la technologie matérielle et la méthode de contrôle politico-sociale, nous percevons la même fondation conceptuelle. Es-ce un hasard si, ayant une fondation commune, nous constatons les mêmes ravages perpétrés aux royaumes humain et naturel ? Nous faisons certainement erreur de croire que la technologie est neutre et qu’il n’en tient qu’à nous de l’utiliser à bon ou à mauvais escient. Les massacres et les génocides, les guerres d’extermination, la spoliation de la planète et la destruction des cultures indigènes, sont tous attribuables au mauvais usage de la technologie et non à la technologie elle-même. Mais cette position peut être erronée. Peut-être est ce notre conception de la technologie qui a généré cette double crise dans le domaine social et environnemental.
Plusieurs continuent à croire en la technologie. La destruction de la couche d’ozone ? On va en fabriquer. L’érosion du sol? Nous trouverons une façon de faire pousser les plantes sans utiliser de terre; nous pourrions peut-être la synthétiser. L’effondrement total de l’environnement ? Peu importe, nous allons coloniser les étoiles. Qui a encore besoin de la nature ? La mentalité on-peut-tout qui nous a menés jusqu’ici parviendra certainement à surmonter les obstacles futurs : le génie humain est illimité. Si les choses semblent se détériorer au lieu de s’améliorer, si les gens semblent plus malades, plus occupés et plus anxieux, si la vie paraît plus stressante et l’environnement moins sain – n’ayez crainte ! C’est un sacrifice temporaire, un recul nécessaire pour pouvoir faire un pas de géant.
Aujourd’hui, par contre, la rhétorique du progrès semble moins convaincante. On dirait que le futur, toujours à porté de main, n’arrivera jamais. Depuis le milieu du vingtième siècle, le sentiment de trahison et de désespoir s’est étendu au-delà des artistes et des intellectuels pour inclure toute la population. À la surface, plusieurs personnes continuent d’affirmer que la marche en avant de la technologie parviendra un jour à rendre toutes nos difficultés actuelles obsolètes, mais à un niveau plus profond ils ont perdu confiance en la science et la technologie. Toutes ces merveilles promises depuis si longtemps – le prochain pas vers la transcendance de la nature — ne se sont pas matérialisées, tandis que les problèmes se multiplient plus rapidement que notre capacité à les résoudre. L’optimisme des années ‘60 d’où naquit la guerre à la pauvreté, la guerre au cancer, la conquête de l’espace, a disparu. Aujourd’hui, nous espérons seulement pouvoir éviter les problèmes menaçant de nous engloutir : la convergence des crises de l’environnement, de la santé, de l’éducation, de l’économie et de la politique.